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OGM, Les faucheurs volontaires

Reportage

7:45 minutes



Eric Boutarin

Dominique Busserau, ministre de l'Agriculture, a condamné lundi 31 juillet 2006 l'arrachage de trois parcelles de maïs OGM entre le dimanche et le lundi par les «faucheurs volontaires». Il soulignait que ce sont désormais 40% du total des 35 autorisations de cultures transgéniques délivrées pour 2006 qui ont été détruites. Il ajoutait : «Des instructions très fermes ont été données aux préfets afin de garantir la sécurité des parcelles d'OGM et des poursuites contre les auteurs de destructions d'OGM seront systématiquement engagées». Le mouvement des « faucheurs volontaires », qui déclare 6 000 membres, a entrepris ce type d’action pour obtenir un moratoire sur les cultures d'OGM. La première opération de « fauchage » de l’été 2006, menée par José Bové, a visé un champ de 2.000 à 3.000 m² de «maïs commercial OGM» sur la commune de Saint-Hilaire, près de Toulouse. Quelques 200 «faucheurs volontaires» ont participé à l’opération, sous l’œil des journalistes et des gendarmes. L’ex-porte-parole de la Confédération Paysanne, a rappelé qu’il se trouvait en état de « récidive légale », et qu’il risquait donc de retourner en prison. «Il s'agit de la première action sur du maïs OGM commercial », «Le problème de fond, c'est qu'il n'y a pas de législation, pas de cartographie, pas d'information du public», a-t-il poursuivi. « Ce n’est qu’un début », promettait Bové. Et dans la nuit de dimanche à lundi, deux autres parcelles, l’une également près de Toulouse, l’autre dans le Tarn-et-Garonne, ont été détruites. Ces deux champs appartiennent au semencier Pioneer. Au cours de ces deux opérations, les forces de l’ordre ne se sont plus contentées d’observer, et ont procédé à des arrestations. La bataille juridique s’est engagée. Refus du cas par cas et refus des comparutions immédiates, était en quelques mots la stratégie de défense des cinq faucheurs volontaires interpellés. Les militants ont obtenu gain de cause après leur passage devant le juge des libertés et de la détention (JLD) de Toulouse. Ce dernier a renvoyé leur procès au 19 septembre, mais les a aussi interdits de résidence dans la Haute- Garonne jusqu’à cette date. Les cinq personnes mises en garde à vue sont ressorties du palais de justice sous les bravos après avoir reconnu leur participation à l'arrachage d'un champ de maïs de 6,5 ha de maïs, «cultivé en dehors de tout cadre légal puisque la directive européenne qui régit les cultures transgéniques n'a jamais été transcrite, ce qui place la France hors la loi européenne.» Ces arguments exaspèrent Pascal M., le propriétaire du champ anéanti. «Moi, un hors-la-loi ? C'est le monde à l'envers. Venant d'une poignée d'individus qui ont agi comme des voyous pour détruire en moins d'une heure le travail d'une saison, j'ai du mal à recevoir l'argument, vitupère l'agriculteur. J'ai cultivé du maïs importé légalement, bénéficiant de toutes les autorisations pour être cultivé en France. J'ai fait toutes les déclarations et obtenu toutes les validations nécessaires. J'ai choisi cette variété résistante pour ne pas avoir à traiter mes champs avec des toxiques, et me voilà aux prises avec un débat dans lequel je n'ai pas à trancher.» Pascal M. a reçu le soutien de plusieurs cultivateurs qui redoutent que leur champ ait été «signalé» par les anti-OGM pour les prochains jours. Si les agriculteurs affirment «ne pas vouloir céder à l'intimidation» et annoncent leur intention de persister à cultiver ces variétés de maïs transgéniques, dans le camp de faucheurs, la détermination est identique : «Nous continuerons notre combat.» Selon l'Association générale des producteurs de maïs (AGPM), 4 500 hectares de maïs OGM sont actuellement cultivés en France. Ce chiffre est contesté par les faucheurs volontaires qui, à l'issue de leurs propres recherches, affirment n'avoir trouvé que "quelques hectares". Les rares cultures d'OGM en Europe sont destinées à l'alimentation des bovins, des porcs et des volailles, seul marché possible à l'heure actuelle pour ces produits. En effet, devant l'hostilité des consommateurs, très peu d'aliments destinés à l'alimentation humaine sont aujourd'hui disponibles en Europe. Si l'étiquetage des produits OGM est obligatoire, au-delà du seuil de 0,9 %, pour les produits fabriqués à partir de matières premières génétiquement modifiées, la viande, le lait ou les oeufs d'animaux nourris d'aliments OGM ne sont pas signalés aux consommateurs. Du soja OGM destiné à l'alimentation animale est d'ailleurs importé des pays producteurs (Etats-Unis, Argentine, Brésil). La question de la coexistence entre les filières est posée dans toute l'Europe. Les anti-OGM redoutent les "pollutions génétiques" causées par des pollens de plantes OGM transportés par le vent ou les insectes. "L'imbrication des exploitations est telle que c'est impossible à empêcher", argumente M. Bové. Or, selon ceux qui s'opposent à ces cultures, les conséquences à long terme des OGM sur la santé et l'évolution de la biodiversité ne sont pas assez connues et étudiées, pas plus que n'est démontré leur intérêt agronomique. Les expérimentations menées par l'AGPM sur le maïs montrent qu'en laissant 25 mètres entre les champs, ou en plantant douze rangs de maïs conventionnel autour du champ OGM, les parcelles alentour sont "préservées". "C'est suffisant pour rester sous le seuil de 0,9 %, explique M. Terrain. En général, on se situe même autour de 0,4 ou 0,5 % de traces d'OGM dans les champs voisins." Mais, à en croire les "anti", des traces d'OGM dans l'environnement, même inférieures à 1 %, doivent être refusées. Greenpeace dénonce ainsi "les tentatives de transformation du seuil d'étiquetage en un permis de contaminer pour les cultivateurs de plantes OGM". Ce "droit à polluer" anéantit la possibilité pour les agriculteurs de rester "complètement sans OGM", affirment les écologistes et une partie du monde agricole. Selon eux, le chiffre adéquat serait celui de la limite de détection des traces d'OGM : 0,1 %. En fait, les règles de coexistence relèvent des Etats. Compte tenu de l'hostilité des citoyens européens aux OGM, certains pays utilisent ces mesures pour tenter de leur barrer la route. L'Autriche ou la Hongrie ont ainsi fixé des seuils très bas et des distances de séparation entre les champs si élevées qu'elles découragent la culture de variétés OGM. Selon la Commission européenne, il s'agit d'entraves au commerce. Aucun pays, aucune zone n'a le droit de tenter de bloquer l'arrivée des OGM pour des raisons "d'hostilité politique", affirme la Commission. Pourtant, 172 régions et 4 500 collectivités de l'UE déclarent être "sans OGM". En France, le projet de loi voté en première lecture au Sénat - et dont l'examen à l'Assemblée a été reporté - retient le seuil de 0,9 %. Autre question polémique : la publicité donnée aux champs cultivés. Leur enregistrement est obligatoire, alors que les semenciers défendent l'idée d'un registre "privé", connu seulement de l'administration. Mais le ministre délégué à la recherche, François Goulard, s'est déclaré en faveur d'une transparence totale en la matière, donc d'un registre public, tout en souhaitant la fin des destructions "inadmissibles" des parcelles OGM. Deux objectifs qui semblent aujourd'hui inconciliables.

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